Saariaho/Rivas
Voix-bande-image
lien vers le site de K.Saariaho
lien vers GRAME- Biennale musique en scène
lien vers article sur Mutations of Matter (IRCAM-étincelle)
Espace
émotionnel et résonance électronique
Programme
autour de Kaajia Saariaho
Coproduction GRAME-Temps Relatif
dans le cadre de Biennale Musiques en scène 2010
avec la participation de l'Ircam
Chanteurs:
Chrystèle Chovelon, Isabelle Deproit, Nadia Jauneau-Cury
Emanuel Cury, Simon Gallot, Philippe Noncle.
sous la direction de luc Denoux
Dès
les années 1960 j’ai pu constater que le rapport aux nouveaux
instruments et à la technique (acousmatique, électronique et
maintenant informatique) me conduisait à des impasses
musicales. Cependant, l’inspiration de quelques compositeurs me projette dans une dimension artistique et
émotionnelle totalement inattendue. Là où la technique semble
tirer vers la matérialité, une projection du son dans l’espace
nous fait perdre nos repères et nous renvoie plus fortement à
l’espace indicible de l’émotion et du spirituel. Paradoxe
saisissant que les artistes électro’ d’aujourd’hui comme les
« psychédéliques » d’hier ont su exploiter. Ivo Malec a
été pour moi la première personnalité marquante. Et aussi Claudy
Malherbe et sa pièce Voi(de
fEmme)x.
J’entendais alors pour la première fois la démultiplication dans
l’espace électronique d’une unique voix de femme superposée à
elle même comme se superpose en notre esprit au même instant (à
tout instant sans doute) de multiples couches d’émotions et de
pensées conscientes et inconscientes. Travailler les oeuvres de
Saariaho, c'est faire un chemin entre extrème rigueur et intuition,
musicalité et poèsie. Luc Denoux
NUITS ADIEUX
Kaija
Saariaho a conçu 2 versions de « Nuits Adieux » sur des
textes de Jacques Roubaud. La première pour 4 voix et électronique,
l’autre pour 12 voix. Ces 2 versions portent une même émotion, un
même discours musical et expressif de manière foncièrement
différente. L’écriture pour ensemble vocal renforce une
délicatesse poétique, un raffinement du rapport au mot, elle
concentre notre écoute en nous attirant vers les chanteurs. A
l’inverse, la projection dans la résonance électronique envahi
l’espace, et nous entraîne vers un émerveillement immatériel,
indicible d’un ordre plus spirituel ou plus viscéral selon les
œuvres.
Nous présentons ici la version pour 4 voix et éléctronique.
"Nuits, Adieux traite du chant, du souffle, du chuchotement,
de la nuit et de l'adieu. La pièce est formée de dix sections : les
cinq premières sont intitulées Nuits, les cinq autres
Adieux.
Deux sources différentes ont été utilisées pour les textes, en
relation avec les deux divisions de l'oeuvre : des extraits du livre
de Jacques Roubaud Echanges de la lumière (dans Nuits)
et un fragment du roman de Balzac Séraphîta (dans Adieux).
Les voix sont amplifiées et transformées pendant l'exécution.
Chaque chanteur utilise deux micros. L'un est utilisé pour une
amplification générale : les sons captés sont envoyés vers
différents programmes de traitement et modification du son. Les
transformations les plus audibles sont cependant obtenues avec le
matériau chanté dans le deuxième micro. J'utilise ici un système
qui contrôle le temps de réverbération par les changements de
dynamique des voix. En général, ce temps est conçu pour être
relativement long : le résultat auditif est celui d'une texture
changeant continuellement, et qui forme une toile de fond mouvante
pour les événements chantés dans le premier micro.
La meilleure introduction à Nuits, Adieux est de lire les
textes que j'ai sélectionnés pour la pièce. Nuits, Adieux
est une commande de la WDR. Sa création a été donnée à Cologne
le 11 mai 1991 par Electric Phoenix. La pièce est dédiée à la
mémoire de ma grand-mère."
Kajia Saariaho
TAG DES JARHS (2001)
1ere version, pour choeur mixte et électronique
Titres des parties
Der Frühling/ Der Sommer/ Der Herbst/ Der Winter
Familière des derniers poèmes d’Hölderlin depuis quelque
temps déjà, j’en avais utilisé certains pour quelques petites
œuvres.
L’idée de Tag des Jahrs, pour choeur mixte et
électronique, m’est venue lorsque, il y a quelques années, une
personne qui m’était très chère subit une hémorragie cérébrale
et acquit alors une nouvelle logique (ou plutôt connut une perte de
logique) : elle n’avait plus aucune notion de temps ni d’espace.
Ainsi, je ne sais pas ce qui est arrivé à Hölderlin pour qu’il
signe ses poèmes sous des dates, des décades et même des siècles
différents de ceux où il vivait et sous le pseudonyme de
Scardanelli. J’ai néanmoins acquis une nouvelle
vision de ces
poèmes que j’ai ressenti comme des visions ou des instants vécus
dans le clignement d’un œil et qui s’évanouissent dans de
nouveaux et intenses moments. Le texte demande un traitement choral
archaïque. Je voulais également développer le monde sonore en
direction de la nature si présente dans ces poèmes. Ainsi le
matériel sonore n’est pas seulement constitué de voix humaines,
mais également de bruits d’oiseaux, de vent et d’autres sons de
la nature. La partie électronique a été réalisée pendant l’été
2001 au centre Civitella Ranieri en Italie avec Jean-Baptiste
Barrière.
Kajia Saariaho
MUTATIONS OF MATTER
ROQUE RIVAS
Première œuvre
commune du compositeur Roque Rivas et de l'artiste plasticien Carlos
Franklin (création juin 2008), cette création audio et visuelle a pu naître grâce à un
programme commun mis en place par l'Ircam et Le Fresnoy, Studio
national des arts contemporains. Pour en parler, nous avons choisi de
proposer un reportage-entretien, qui s'est articulé autour de plusieurs
rencontres avec les deux artistes. Nous avons demandé à Renaud Leblond
[*], de suivre ces rencontres et le déroulement de l'œuvre pour nous
livrer ses réactions.
« La
pièce se jouera sur une structure qui fait allusion à un bâtiment en
construction ou aux tableaux de Hugh Ferris, lesquels ont inspiré des
plans d'aménagement urbain à New York (...) La structure est un
bâtiment qui en contient d'autres, comme les premières utopies des
gratte-ciels. Les séquences feront des écrans des fenêtres ou des rues.
Le spectateur sera dehors et dedans. » C'est en ces termes que Carlos
Franklin et Roque Rivas décrivent l'aménagement de la scène où doit
être jouée leur oeuvre Mutations of Matter. Cette structure
verticale au fond de la salle est composée de deux écrans séparés (un
petit d'une hauteur de 2,5 m et un grand de 4,5 m). Entre les deux,
dans l'interstice, se tient l'ensemble vocal, cinq chanteurs et son
directeur. Sur les écrans est projetée la vidéo, pendant que l'on
entend la voix des chanteurs se mêler, ou laisser la place, à une
composition électronique faite de voix et de sons.
Voies transversales
Scénographie particulière, pour une oeuvre
particulière, qui sort des catégories artistiques traditionnelles.
Œuvre hybride, on peut la décrire comme un environnement audiovisuel,
ou plutôt comme une performance audio et visuelle, tant elle se situe à
la jonction de deux formes d'expression artistique, l'art vidéo et la
création musicale. Roque Rivas est Chilien, il est compositeur. Carlos
Franklin est Colombien, il est artiste plasticien. Ils se sont
rencontrés dans le cadre d'un programme mis en place par l'Ircam et Le
Fresnoy. C'est de cette rencontre que naît cette oeuvre singulière, une
oeuvre aux contours flous, transversale par excellence. « Cette
transversalité m'a immédiatement séduit dans le projet de Rivas et
Franklin » confie Renaud Leblond. « Je suis convaincu que la création
nécessite des regards décalés et périphériques. Cela nécessite, en tout
cas, de sortir des schémas habituels. Ce qu'il fallait c'était
simplement laisser Rivas et Franklin défricher de nouveaux territoires,
et cela très librement. »
« Quand on a commencé à travailler, note Carlos
Franklin, New York était pour nous deux une ville imaginaire et elle le
reste encore. Nous ne sommes pas allés là-bas. Cela reste, quoi qu'il
en soit, un travail sur le fantasme d'une ville. Comme je le dis
souvent, nous sommes des touristes de Wikipedia. On connaît la ville,
son plan, ses structures, ses mythes, ses imaginaires aussi, mais
l'expérience réelle manque. »
Voie new-yorkaise
Le point de départ du projet a été, sans aucune doute, la lecture du livre de l'architecte urbaniste Rem Koolhas, New York délire,
qui a amené Rivas et Franklin à prendre New York comme objet de leur
création. Ce qui les intéressait c’était de récrire la ville en musique
et en vidéo, en conservant plusieurs éléments majeurs: la simultanéité,
la congestion, la surcharge... Mutations of Matter se construit, dans sa forme et son contenu, autour, sur et dans New York.
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Temps Relatif, ensemble vocal est conventionné par le
Conseil général de l'Isère